Guillaume Belbis, docteur vétérinaire, Dipl. ECBHM
Les contractures tendineuses (arcure, bouleture) représentent l’une des affections de l’appareil locomoteur fréquemment retrouvée chez le veau (voir photo 1). Elles se caractérisent par un raccourcissement ou une rétraction de certains tendons des membres qui provoquent une posture anormale de l’un ou de plusieurs membres.
L’arcure est une affection tendineuse affectant l’articulation du carpe : le veau présente alors une déviation du carpe en avant de la ligne d’aplomb du membre antérieur, liée à une obliquité des rayons de l’avant-bras et du canon.
L’extension de l’ensemble des articulations du carpe devient alors impossible. Une rétraction des tendons des muscles ulnaire latéral et fléchisseurs ulnaire du carpe et de la gaine fibreuse les entourant est impliquée. Le veau présente alors une posture « en jambe de cow-boy ».
Les modalité de traitement
Lors d’atteinte légère, la mise en place d’un traitement médical ou chrirugical n’est pas nécessaire : un exercice régulier (forcer l’animal à se lever et à marcher régulièrement) et/ou la réalisation d’une physiothérapie (mouvements d’extension forcée totale matin et soir) peuvent se révéler suffisants.
En cas d’atteinte modérée, une immobilisation du membre d’un mois en extension forcée à l’aide d’une résine ou d’une gouttière peut s’avérer suffisante.
Le traitement chirurgical est à préconiser lors d’atteinte sévère (appui sur les boulets ou les carpes, mise en extension impossible du membre) ou lors d’échec des traitements précédents (médical et/ou conservateur). L’intervention peut être pratiquée dès l’âge de 4 jours si l’extension est impossible et si des risques de complications (escarres) existent. Sinon, elle est généralement pratiquée au cours des 15 premiers jours de vie de l’animal.
La technique chirurgicale est la suivante.
L’animal est anesthésié puis couché. Le membre est préparé chirurgicalement (tonte, nettoyage et désinfection).
La fossette médiane séparant les deux muscles ulnaires, située proximalement à l’os pisiforme est repérée puis incisée (incision cutanée de 5 cm s’arrêtant à 2 cm de la pointe de l’os pisiforme).
Le fascia antébrachial est disséqué de façon mousse en regard du muscle fléchisseur ulnaire du carpe (muscle le plus médial) auquel il est le plus adhérent : l’extrémité inférieure des corps musculaires des muscles fléchisseur ulnaire du carpe et ulnaire latéral apparaissent.
Le fléchisseur ulnaire et le muscle ulnaire latéral sont alors chargés (sur une sonde cannelée ou sur des ciseaux), puis sectionnés à la limite de leur partie charnue. Lors de la section du fléchisseur ulnaire du carpe, un soubresaut du membre, traduisant la section du nerf ulnaire, est remarqué ( voir photo 2).
Le fascia antébrachial peut être suturé à l’aide d’un surjet de Schmieden ou laissé ouvert. La peau est suturée classiquement (points simples ou surjet en U).
En post opératoire, le membre opéré est placé en extension forcée (gouttière ou résine).
La bouleture est une affection tendineuse affectant l’articulation métacarpo- (ou métatarso-) phalangienne, aboutissant à une fermeture de l’angle articulaire palmaire (ou plantaire) du boulet. Une contracture des tendons fléchisseurs des doigts est mise en cause. Elle se caractérise cliniquement par une impossibilité d’extension des boulets (antérieur ou postérieur).
Les modalité de traitement
Comme pour l’arcure, le traitement chirurgical est réservé aux cas sévères (les modalités de traitement lors d’atteinte légère à modérée sont identiques à celles décrites précédemment).
La chirurgie consiste à réaliser une ténectomie du tendon fléchisseur superficiel des doigts, plus ou moins associée à une ténectomie du tendon fléchisseur profond des doigts en cas de pied-bot associé.
L’animal est anesthésié puis couché. La présence d’un aide au chirurgien peut être intéressante. Le membre est préparé chirurgicalement.
Le site d’incision se situe sur la face palmaire (ou plantaire) des métacarpes (métatarses), à environ 2 cm en dessous du milieu du canon. L’incision cutanée est décalée légèrement médialement le long du tendon perforé (tendon du muscle fléchisseur superficiel des doigts), afin de visualiser par la suite les vaisseaux et le nerf palmaire.
Une dissection mousse du tissu sous-cutané est réalisée à l’aide de ciseaux de Mayo, puis une incision longitudinale du fascia entourant les tendons fléchisseurs superficiel et profond des doigts.
Le tendon fléchisseur superficiel des doigts ainsi mis en évidence est chargé (de la face médiale vers la face latérale) tout en prenant un soin particulier aux vaisseaux et au nerf digitaux situé médialement au tendon. Le chargement du tendon peut être facilité par une mise en flexion du doigt par un aide.
Le tendon fléchisseur superficiel des doigts ainsi chargé est sectionné orthogonalement (voir photo 3).
En cas de pied-bot associé, le tendon fléchisseur profond des doigts (ou tendon perforant) est chargé et sectionné. Il convient de vérifier que l’intégralité de ce tendon a bien été sectionnée, car, selon le site d’incision initial, ce tendon peut encore être constitué de deux chefs (le perforé n’est constitué que d’un chef jusqu’au milieu du canon, et se sépare en deux à ce niveau). Bien évidemment, l’intégrité des vaisseaux et du nerf sera vérifiée.
Lors de la présence d’une contraction de la gaine tendineuse (empêchant alors l’extension du boulet), celle-ci est sectionnée côté latéral.
Enfin, le fascia peut être suturé (surjet de Schmieden) à l’aide d’un fil résorbable de décimale 3, ou laissé ouvert. La peau est suturée à l’aide de points simples, ou d’un surjet en U.
En post opératoire, le membre opéré est placé en extension forcée (gouttière ou résine).
Les résultats chirurgicaux lors de traitement des contractions tendineuses chez le veau sont généralement bons. Le pronostic est diminué si l’animal présente, lors de contractions sévères, des lésions secondaires (escarre, arthrite et périarthrite). D’autre part, le risque d’infections ultérieures (diarrhée, infection respiratoire, pathologies ombilicales) lié à une mauvaise prise colostrale après la naissance (diminution de la mobilité du veau) est également à prendre en compte.
L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourraient influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.
Mise en ligne le : 1 avril 2025
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