Anne-Sophie Richard, docteure vétérinaire, CES d’Hématologie et biologie clinique animales
À chacune des étapes d'une anesthésie, le rôle de l’ASV est primordial pour assister le vétérinaire. La surveillance des constantes physiologiques, comme les gaz sanguins, permet d’assurer la sécurité du patient, en détectant précocement d’éventuelles complications (hypoventilation, hypoxie, acidose...).
Réputés pour être difficiles à mesurer, ils sont peu disponibles en pratique. Ils permettent pourtant de déterminer l’équilibre acido-basique, largement influencé par la fonction respiratoire. Les gaz sanguins sont donc un élément clé du monitoring anesthésique.
Les gaz sanguins sont un ensemble de quatre paramètres biochimiques étroitement liés :
la pression partielle de deux gaz dissous dans le sang : l’oxygène (pO2) et le dioxyde de carbone (pCO2) ;
le pH sanguin ;
la concentration en bicarbonate (HCO3-) dite réserve alcaline du sang.
Chez un animal en bonne santé, le pH sanguin est stable à 7,4. Une valeur inférieure indique une acidose (dite sévère si le pH est inférieur à 7), tandis qu’une valeur supérieure traduit une alcalose.
Les gaz sanguins servent en effet à déterminer le statut acido-basique d’un animal. L’équilibre acido-basique est maintenu grâce à la régulation de deux organes : les poumons (activité respiratoire) et les reins (activité métabolique). Ainsi, la mesure des gaz sanguins est très utile pour évaluer la fonction respiratoire d’un individu, notamment lors de périodes critiques comme l’anesthésie ou la réanimation.
Peu utilisés en pratique courante, les gaz sanguins nécessitent normalement un prélèvement artériel pour mesurer correctement la pression partielle d’oxygène (pO₂). Or, ce geste est délicat et rarement réalisé en structure généraliste.
Une alternative consiste à analyser les gaz sanguins sur du sang veineux (pO₂ ininterprétable dans ce cas) et à compléter avec la saturation en oxygène (SpO₂) mesurée grâce à un oxymètre de pouls. La SpO₂ reflète l’oxygénation du sang, indiquant le pourcentage d’hémoglobine oxygénée (normale : 95-100 %).
Le prélèvement, effectué avec une seringue héparinée doit être analysé rapidement au chevet du patient1, et doit être exempt de bulles d’air pour éviter toute altération des résultats.
Les gaz sanguins offrent une image instantanée du statut métabolique et respiratoire. Un suivi régulier (toutes les 15 minutes par exemple) est donc essentiel pour ajuster les traitements et évaluer l’efficacité des corrections mises en place.
La plupart des troubles métaboliques sont des états d’acidose (pH < 7,4). Une acidose métabolique survient lorsque la réserve alcaline chute sous 24 mmol/L, notamment en cas d’hypoxémie. L’acidose respiratoire, elle, apparaît lorsque la pCO₂ dépasse 40 mmHg et signe une élimination insuffisante du CO₂ due à une insuffisance respiratoire. Ce phénomène peut être causé, par exemple, par une pneumonie ou une hypoventilation per-anesthésique et peut donc être corrigé en anesthésie en ajustant la fréquence et le volume respiratoires. La mesure des gaz sanguins, étroitement liés à la fonction respiratoire, est donc essentielle dans la surveillance de l’animal anesthésié.
Les alcaloses (pH > 7,4) sont plus rares et souvent moins impactantes pour l’état clinique du patient. L’alcalose métabolique (concentration sanguine en bicarbonates > 24 mmol/L) résulte essentiellement de vomissements, tandis que l’alcalose respiratoire (pCO₂ < 40 mmHg) traduit une hyperventilation.
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Mise en ligne le: 28 février 2025
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