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Vétérinaire de terrain : comment limiter l’impact carbone de ses déplacements en voiture ?

Crédit photo © Studioanna, Anna Camerac
Il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer les changements climatiques qui sont largement causés par l’activité humaine. Il y a urgence à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), qui participent au réchauffement planétaire et qui impactent la santé humaine comme animale. Le secteur de la santé représente à lui seul 6 à 8% des émissions de CO2 en France. S’il n’existe pas encore de statistiques officielles pour les entreprises vétérinaires, il est certain que ce secteur a son rôle à jouer, notamment en s’inscrivant dès maintenant dans des actions de décarbonation.

Quand on pense impact carbone, on ne peut ignorer celui des transports qui totalisent environ 30% des émissions nationales de GES. Pour le vétérinaire de terrain qui utilise beaucoup sa voiture au quotidien, réduire l’impact de ses déplacements représente nécessairement un défi. Dissocier la voiture de son activité ? Impossible, elle reste le symbole du vétérinaire itinérant, et un outil de travail indispensable. En revanche, que ce soit pour des raisons écologiques ou économiques, des pistes existent afin de limiter ses conséquences environnementales.

Faire son introspection : un bilan carbone, pourquoi et comment ?

De plus en plus d’outils destinés à effectuer son bilan carbone se développent. Pour les entreprises, il s’agit d’identifier les éléments à l’origine de leurs plus grosses émissions de gaz à effet de serre et d’évaluer leur dépendance aux énergies fossiles. À la suite du bilan, un plan d’actions est proposé afin de limiter l’impact de l’entreprise sur l’environnement (diminution des consommations d’énergie, alternatives plus écologiques, sensibilisation des salariés…)

De même, il existe un protocole international, le Greenhouse Gas Protocol (GHG) qui définit les périmètres d’émissions de GES et les classe dans des catégories appelées "  scopes " (1, 2 et 3). Il s’agit d’une méthodologie un peu moins exigeante et exhaustive que le bilan carbone. Le scope 1 représente les émissions directes produites par l’entreprise. Dans le cadre de l’entreprise vétérinaire, cela comprend par exemple l’utilisation des gaz anesthésiques et les émissions liées à l’utilisation de la voiture, qui nous intéressent ici.

De plus, les vétérinaires disposent maintenant d’un calculateur d’empreinte carbone spécifique à leur activité. Celui-ci est proposé par le site Vet Sustain, de manière payante. Néanmoins, on peut tout à fait commencer à estimer de manière autonome ses émissions directes (scope 1) en s’aidant des factures et des compteurs kilométriques [1]. En moyenne, un vétérinaire rural ou équin parcourt 40 000 kilomètres par an et cela peut atteindre le double, voire plus pour les plus gros rouleurs. La situation ne devrait pas tellement s’arranger à l’avenir avec la désertification de certaines zones rurales qui augmentent les périmètres d’intervention des vétérinaires qui maintiennent leur activité ambulatoire. Le vétérinaire canin à domicile parcourt lui moins de kilomètres, mais intervient dans des zones urbaines, plus denses. Il consomme donc plus de CO2 par kilomètre. Enfin, le vétérinaire qui travaille pour un laboratoire couvre également de larges zones d’intervention et parcourt beaucoup de kilomètres annuellement.

Une fois qu’un premier constat est établi, reste à traiter la question de la réduction de l’impact de ses déplacements professionnels. Pour cela, deux axes d’amélioration : le choix d’un véhicule peu polluant et l’adoption de gestes efficaces pour rouler de manière écologique (ou autant que faire se peut).

Moteur thermique, hybride, électrique… Comment s’y retrouver ?

Commençons par un état des lieux. Les vétérinaires praticiens itinérants utilisent en majorité des véhicules utilitaires légers (VUL), généralement équipés d’un moteur diesel. Au total, ce type de véhicule, qui va de la classique camionnette au pick-up, ne doit pas dépasser 3,5 T en charge. Ils permettent de transporter une grande quantité de matériel et d’y accéder facilement.

Aujourd’hui, les VUL représentent 19% des émissions de gaz à effet de serre liées au transport (versus 54% pour les voitures des particuliers), un chiffre en forte augmentation depuis 1990 [2]. Ils émettent en moyenne 229 g de CO2/km, ce qui est loin des normes fixées par le Parlement Européen, qui sont à 147 g de CO2/km pour les véhicules neufs en 2024 (normes qui doivent encore baisser d’ici 2030).

Ce type de véhicule est donc plus polluant que la voiture individuelle. Les utilitaires sont plus volumineux et lourds donc consomment plus de carburant et sont associés à un kilométrage annuel élevé. Par ailleurs, la part des VUL électriques est encore très minoritaire. Pour autant, le passage à l’électrique est-il une solution réellement écologique, et compatible avec les contraintes de notre métier ?

Il faut pour cela analyser le cycle de vie (ACV) du véhicule, depuis sa production jusqu’à sa fin de vie, en passant par son usage et son entretien. Pour le véhicule électrique, la phase la plus émettrice de GES est celle de la production. Ce surplus est d’environ 50% et s’explique essentiellement par la fabrication de la batterie. En revanche, les émissions à l’usage sont nettement plus faibles que pour le thermique en France, environ 15 fois moins. La bascule se fait après environ 30 000 kilomètres pour une voiture standard. Sur toute sa durée de vie, l’électrique est donc gagnant par rapport au thermique, avec des émissions 2 à 5 fois plus faibles selon le scénario choisi [3]. Bien sûr, les résultats seront plus performants avec l’utilisation d’une électricité décarbonée ou bas-carbone, le choix d’un véhicule le plus léger possible et une utilisation la plus longue possible.

Pourtant, l’utilisation des véhicules électriques à usage professionnel est encore très marginale chez les vétérinaires. Les réticences s’expliquent notamment par le coût à l’achat, le kilométrage journalier élevé, le temps de charge conséquent de la batterie (comment faire lorsqu’on doit enchaîner journée sur le terrain et garde de nuit ?) et la peur d’une perte de puissance et d’autonomie dans certaines conditions (routes de montagne, températures très basses…). La voiture électrique est également critiquée pour l’exploitation de ressources qui ne se trouvent pas en quantité illimitée, mais c’est déjà le cas pour la voiture thermique.

En attendant que le futur nous apporte des batteries plus performantes et rechargeables plus rapidement, chacun doit peser le pour et le contre en fonction de ses convictions personnelles et de son mode d’exercice.

Quant aux alternatives proposées par l’hydrogène, l’hybride et les biocarburants, elles ne sont pas suffisamment intéressantes et vertueuses pour présenter un réel intérêt environnemental [3].

Place à la pratique : quels sont les gestes qui comptent ?

Mauvaise nouvelle pour les vétérinaires à la conduite quelque peu nerveuse et qui font la collection des amendes pour excès de vitesse, leur comportement a un impact direct sur le bilan carbone de leurs déplacements ! Quelques gestes simples peuvent toutefois alléger la note.

Optimiser le chargement de la voiture !

  • Plus une voiture est lourde et chargée, plus la consommation de carburant augmente.

  • N’emporter que le matériel nécessaire avec soi (ce qui pèse lourd : cartons de perfusion, appareil radio et ses tabliers… à adapter à ses besoins pour éviter quand même de devoir faire demi-tour quand quelque chose manque !).

  • Faire le tri régulièrement (poubelles, flacons vides…).

Limiter le nombre total de kilomètres

  • Organiser ses tournées en avance pour optimiser le temps de trajet (utiliser si besoin une application comme Google Maps qui donne le nombre de kilomètres entre chaque visite ou s’équiper d’un logiciel de gestion de tournée).

  • Grouper les visites non urgentes et du même secteur géographique sur un même jour de la semaine.

  • Répartir les secteurs d’intervention en fonction du lieu d’habitation des vétérinaires (cela permet de partir directement de chez soi sans forcément passer par la clinique).

  • En cas d’urgence, envoyer le vétérinaire le plus proche géographiquement.

  • Recalculer les itinéraires en temps réel pour tenir compte des éventuels embouteillages (un véhicule circulant sur un tronçon d’autoroute encombré consomme 2 fois plus de carburant et génère 16 fois plus d’émissions de GES).

Adopter l’écoconduite

  • Les études montrent que l’écoconduite permet de réduire jusqu’à 25% ses dépenses en carburant. Cela englobe l’usage modéré des organes du véhicule (freins, embrayage, moteur…) et l’adoption de techniques et d’attitudes pour optimiser les coûts et réduire son impact écologique sur la route.

  • Éviter la conduite brusque : ralentir dans les virages, ne pas freiner brusquement, ne pas accélérer brutalement…

  • Respecter les limitations de vitesse (si besoin, utiliser le régulateur de vitesse sur l’autoroute).

  • Couper le moteur à l’arrêt.

  • Maîtriser le confort intérieur en n’utilisant pas la climatisation à outrance. A basse vitesse, préférer rouler les vitres ouvertes.

Entretenir régulièrement son véhicule

  • Vérifier la pression des pneus (s’ils sont sous-gonflés, cela entraîne une augmentation de 2% de la consommation de carburant).

  • Nettoyer régulièrement son véhicule (châssis).

  • Penser à maintenir les niveaux de liquide.

  • Changer régulièrement les consommables : filtre à air, huile…

  • Surveiller les bruits suspects et faire examiner la voiture en cas de doute.

En adoptant une conduite souple et en entretenant régulièrement sa voiture, on limite par ailleurs son usure précoce (et donc son impact carbone sur son cycle de vie).


En matière de déplacement éco-responsable, le vétérinaire itinérant part donc avec quelques handicaps. Entre le poids de son véhicule imposé par son activité et les journées chargées ponctuées d’urgences qui le font filer à toute vitesse sur les routes de campagne, il est fort probable que son bilan carbone ne soit pas des plus neutres en fin d’année. Néanmoins, chacun a son rôle à jouer et il est possible d’alléger la balance en effectuant des changements bien choisis.

 

Astrid de Boissière
Vétérinaire

 

Ressources documentaires et bibliographiques 

[1] J. A. Watson, C. Klupiec, J. Bindloss, M. Morin, The path to Net Zero carbon emissions for veterinary practice, Front Vet Sci 2023 Nov 6;10:1240765. [En ligne]. Disponible sur : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC10657863/ [Consulté le : 14 décembre 2023] ;

[2] Les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, Commissariat général au développement durable. [En ligne]. Disponible sur : https://www.notre-environnement.gouv.fr/themes/climat/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-et-l-empreinte-carbone-ressources/article/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-du-secteur-des-transports [Consulté le : 14 décembre 2023] ; 

[3] A. Bigo, Les transports face au défi de la transition énergétique. Explorations entre passé et avenir, technologie et sobriété, accélération et ralentissement. Thèse de doctorat. [En ligne]. Disponible sur : http://www.chair-energy-prosperity.org/wp-content/uploads/2019/01/These-Aurelien-Bigo.pdf [Consulté le : 14 décembre 2023].

 

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