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Devenir vétérinaire : entre rêve d’enfance et réalité sélective

Crédit photo @ vectorfusionart - shutterstock.com
Cursus long, concours exigeants, quotas serrés… Le parcours pour intégrer une école vétérinaire en France est semé d’embûches. Mais ces dernières années, de nouvelles voies d’accès ont vu le jour, redessinant les contours d’un rêve accessible à de nouveaux profils. Alors, entre mythes et mutations du système, où en est-on vraiment ? Plongée dans les coulisses d’une formation en pleine transformation, avec en ligne de mire les vétérinaires de demain.

Ah, devenir vétérinaire… Pour beaucoup, c’est un rêve d’enfance parfois teinté d’exotisme. Mais entre ce doux rêve et la réalité du cursus vétérinaire en France, il y a un monde : culte de l’excellence, concours sélectifs, quotas de places en constante évolution, et projections laissant entrevoir de profonds changements dans les années à venir. Alors, accrochez vos stéthoscopes, on part explorer cette jungle académique 

Concours d’entrée : des portes étroites pour une vocation large 

En France, le parcours pour entrer dans une école vétérinaire est souvent décrit comme une course d’endurance. Et à juste titre. Les concours d’entrée, réputés pour leur sélectivité, en font frémir plus d’un. Mais avant de parler des modalités actuelles, faisons un petit saut dans le passé. 

Jusqu’à récemment, le chemin classique pour intégrer l’une des quatre écoles vétérinaires françaises (Alfort, Lyon, Nantes et Toulouse) passait par la fameuse classe préparatoire. Un parcours relevant d’un véritable marathon cérébral, à un âge où l’on préfèrerait sans doute prolonger encore quelque temps l’insouciance de notre adolescence. Chaque année, des milliers de candidats tentaient donc leur chance pour décrocher l’une des 600 places disponibles. Autant dire qu’il valait mieux aimer le par cœur et supporter les nuits blanches. 

Ces dernières années, une petite révolution a secoué le système et a conduit (enfin ?!) à une diversification des parcours. Consciente que la voie royale de la prépa pouvait décourager bon nombre de talents, et selon les recommandations de l’A3EV, la France a ouvert de nouvelles portes. En plus des admissions parallèles - aujourd’hui, il est possible de tenter sa chance après un DUT, une licence ou même une PACES (Première Année Commune aux Études de Santé, maintenant rebaptisée PASS/LAS) – le concours post-bac qui s’adresse directement aux bacheliers via Parcoursup, a vu le jour en 2021 sur décision ministérielle. En effet, pour satisfaire aux critères de l’A3EV, il fallait une voie d’entrée complètement contrôlée par les ENV, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors. L’Association Européenne des Établissements d’Enseignement Vétérinaire (A3EV ou EAEVE en anglais) a été fondée en 1988 avec l’ambition de devenir l’autorité officielle d’accréditation des établissements d’enseignement vétérinaire en Europe. Sa mission est d’évaluer, de promouvoir et de développer la qualité et le niveau des établissements de médecine vétérinaire et leurs enseignements au sein des États membres de l’Union européenne. À plus long terme, l’objectif est de renforcer la coopération entre les établissements membres afin d’améliorer et d’harmoniser l’enseignement vétérinaire. 

Cette diversification a permis d’élargir les horizons, de mieux représenter des profils variés et parfois plus matures, mais cela n’en a pas simplifié la compétition pour autant. Car une constante demeure : le numerus clausus, cette limite stricte du nombre d’élus chaque année, qui reste, telle une épée de Damoclès, au-dessus de la tête des milliers d’aspirants. 

Des chiffres qui donnent le tournis 

Parlons concrètement. Depuis 4 ans, le recrutement des étudiants vétérinaires se fait avec un niveau BAC ou un niveau BAC+2 (ou plus). La France est toujours l’un des pays européens avec les études vétérinaires les plus longues (> 7 ans). En 2024, environ 2700 candidats ont tenté leur chance sur l’ensemble des concours dont 1920 femmes (près de 70%), pour un peu plus de 700 places dans les 4 ENV françaises. Un ratio qui donne une idée de la sélectivité du processus… 

Mais attention, il y a de l’optimisme dans l’air ! Face à une demande croissante en professionnels de santé animale, le nombre de places ouvertes aux concours a commencé à augmenter (avec modération) 

  • En 2018, on comptait à peine plus de 600 places. 

  • En 2020, il y avait 646 places. 

  • En 2021, ce chiffre a grimpé à 806, pour absorber la nouvelle voie post-bac. On comptait cette année-là, par exemple, 160 places pour la voie post-bac, 460 pour la prépa et 95 pour le concours C (BUT, BTS). 

  • Depuis 2023, le nombre de places s’est stabilisé à 724 avec une répartition différente dont 280 places pour la voie post-bac et 280 places pour la prépa. 

  • À l’horizon 2030, les projections annoncent un objectif ambitieux de 1000 places annuelles (sans doute plutôt 200/ENV), porté par la volonté de répondre à la pénurie de vétérinaires, notamment en milieu rural. Mais n’oublions pas que pour atteindre ses objectifs, il faut s’en donner les moyens. Ce qui implique d’adapter les cours et les infrastructures existantes pour être capables d’accueillir des promos plus grandes. 

L’ouverture de l’école vétérinaire (privée) de Rouen en 2022 a sans doute marqué un tournant. Cet établissement vise à former environ 120 vétérinaires par an, en mettant l’accent sur les défis spécifiques du Grand Ouest, notamment l’élevage. Cependant, les frais de scolarité (14-18 k€ par an vs 2800€ dans une ENV) constituent une autre forme de sélectivité… 

Un autre projet, cette fois porté par les pouvoirs publics, avait vu le jour à Bordeaux avec l’ambition d’ouvrir une cinquième école vétérinaire publique. Cette initiative, soutenue par le ministère de l’Agriculture, visait à renforcer l’offre de formation sur le territoire national et à répondre à la pénurie de vétérinaires, notamment en milieu rural. Mais après plusieurs annonces et études de faisabilité, le projet semble aujourd’hui mis en pause, voire abandonné. En cause : des interrogations sur les moyens logistiques, les capacités d'encadrement et la pertinence d’ouvrir un nouvel établissement alors que les ENV existantes peinent déjà à absorber l’augmentation des effectifs. Ce revirement illustre la complexité du sujet : augmenter le nombre de vétérinaires formés, oui, mais pas à n’importe quel prix ni dans n’importe quelles conditions. 

Une cinquième école, et après 

On peut légitimement se demander s’il faut absolument augmenter le nombre de vétérinaires diplômés en France. Question délicate et débats houleux en perspective !! Mais contentons-nous d’être factuels : on ne peut pas nier la pénurie en milieu rural, les attentes différentes de la nouvelle génération de vétérinaires qui souhaitent privilégier un meilleur équilibre vie pro-vie perso (ce qui pousse, soit dit en passant, les structures à recruter davantage pour répartir la charge de travail) et les évolutions sociétales tant en matière d’animaux (les NAC occupent une place de plus en plus importante dans nos foyers) que de soins. 

Face à ces enjeux, les autorités éducatives et professionnelles misent sur une augmentation progressive du nombre de places mais surtout sur une modernisation des formations car les projections d’effectifs sont relativement stables, mais c’est le ratio des différentes voies d’entrée qui va changer dans les années à venir. En 2030, on estime qu’il devrait y avoir +75% de vétérinaires formés en France par rapport à 2017, dont 50% ayant intégré par la voie post-bac (concours A). Dans les prochaines décennies, on pourrait assister à la création de nouvelles écoles vétérinaires pour désengorger les quatre établissements historiques, au renforcement des collaborations internationales, notamment avec des écoles vétérinaires européennes, pour favoriser les échanges d’étudiants et de savoirs, ou encore à d’autres adaptations des cursus pour répondre aux nouveaux défis, comme la médecine des NAC ou les enjeux environnementaux liés à l’élevage.  

Vétérinaires en 2030 : un paradoxe à résoudre 

Alors que le terrain crie au manque de vétérinaires, notamment en zone rurale, un récent rapport du CGAAER (Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux) estime que la France pourrait compter 500 à 600 praticiens de trop d’ici 2030. Et ce, en raison de l’augmentation du nombre de places dans les écoles françaises (publiques et privées) mais également via les étudiants français qui se forment à l’étranger et reviennent exercer en France. Ce potentiel excédent de diplômés repose la question en d’autres termes : faut-il ouvrir de nouvelles écoles ou mieux structurer le système existant tout en repensant l’attractivité du métier 


Une chose est sûre, la profession est en pleine mutation, et les candidats qui rêvent de soigner des animaux devront continuer à faire preuve de résilience et de passion. Et on peut même se demander si le jeu en vaut encore la chandelle… Avec un taux de réussite oscillant entre 3 et 20% selon les concours et les années, il est vrai que la question se pose. Mais que l’on soit en classe prépa ou candidat au concours post-bac, l’objectif reste le même : intégrer une formation exigeante, mêlant sciences, éthique et amour des animaux. Et, au bout du chemin (parfois escarpé !), devenir ce professionnel que les propriétaires et les éleveurs attendent avec impatience. 

Alors ne brisons pas le rêve des vétérinaires de demain, ils auront déjà fort à faire pour ne pas abandonner ; aidons-les à le réaliser pleinement en trouvant des solutions adaptées aux besoins du terrain et des praticiens ! 

 

Annabelle Orszag,
Vétérinaire

 

Ressources documentaires et bibliographiques : 

[1] The European Association of Establishments for Veterinary Education  [En ligne] Disponible sur https://www.eaeve.org/  [Consulté le 20/03/2025]

[2] Le site du service du concours vétérinaire post-bac [En ligne] Disponible sur https://www.concours-veto-postbac.fr/ [Consulté le 20/03/2025]

[3] Vet'o Micro Épisode #51 - Cécile Mallet (Gauchard) : Prof ou vétérinaire, pourquoi choisir ? [En ligne] Disponible sur https://podcast.ausha.co/vet-o-micro/episode-51-cecile-mallet-gauchard-prof-ou-veterinaire-pourquoi-choisir [Consulté le 20/03/2025]

[4] Le Point Vétérinaire -  Concours vétérinaire : 816 places pour la session 2024 [En ligne] Disponible sur https://www.lepointveterinaire.fr/actualites/actualites-professionnelles/concours-veterinaire-816-places-pour-la-session-2024.html [Consulté le 20/03/2025]

 

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